En 2023, seulement 10 % du transport de marchandises en France empruntait le rail, alors que la moyenne européenne dépassait 18 %. Malgré des investissements publics en hausse et l’adoption de réglementations favorables, la croissance du fret ferroviaire marque le pas, freinée par des contraintes structurelles persistantes.
Les chargeurs expriment des attentes plus élevées sur la fiabilité et la flexibilité, tandis que les coûts opérationnels restent le principal frein cité. Les évolutions réglementaires, la concurrence du transport routier et les ambitions climatiques européennes bouleversent les équilibres. Les données du baromètre de perception dressent un état des lieux contrasté, révélant les lignes de fracture et les marges de progression.
Où en est le fret ferroviaire en France en 2025 ?
Le fret ferroviaire en France se trouve à la croisée des chemins. Malgré le lancement du plan de relance fret ferroviaire, la part du rail dans le transport de marchandises plafonne autour de 10 %, bien en deçà de ce que visent les autorités et de la performance de voisins européens plus avancés. Le trafic ferroviaire se concentre sur quelques axes majeurs, tandis que de nombreuses lignes ferroviaires secondaires restent à la traîne, freinées par des financements insuffisants et une absence de stratégie offensive à long terme.
Sur le réseau ferroviaire national, la circulation des trains de fret varie fortement selon les régions. Les grands corridors Nord-Sud absorbent la majorité du trafic, favorisés par un dynamisme croissant des ports et l’essor du transport combiné. Pourtant, la fluidité promise rencontre rapidement ses limites : points de saturation, complexité dans l’attribution des sillons, manque de modernisation sur certains tronçons. Les acteurs du secteur, qu’ils soient publics ou privés, réclament une accélération de la modernisation et une meilleure fiabilité de l’offre ferroviaire.
Les investissements du plan de relance visent d’abord la remise à niveau des axes stratégiques et la modernisation des terminaux. SNCF Réseau concentre ses efforts sur les lignes à fort potentiel, tout en maintenant la nécessité d’une desserte fine et régulière des territoires. En 2025, le secteur doit donc jongler avec deux exigences parfois contradictoires : renforcer les flux sur les grands axes et préserver un maillage territorial cohérent. Cette équation, si elle reste sans solution, laissera le rail derrière les autres modes de transport.
Les chargeurs face au transport ferroviaire et combiné : principaux enseignements du baromètre
Entre chargeurs et transport ferroviaire, la relation reste empreinte de prudence. Pourtant, le baromètre annuel met en lumière des attentes claires, et chez certains donneurs d’ordre, une impatience grandissante. Face à la volatilité des marchés et à la pression croissante pour réduire l’empreinte environnementale, industriels et distributeurs scrutent de près les avancées du transport combiné rail-route. Le report modal s’impose lentement comme une option incontournable, mais la qualité de service continue de diviser.
Pour mieux comprendre les préoccupations actuelles, voici les priorités citées par les acteurs économiques :
- Fiabilité du service ferroviaire : retards, suppressions de trains et aléas sur les sillons freinent la confiance des clients.
- Offre de service : horaires parfois inadaptés, fréquence insuffisante ou capacité limitée, autant de points faibles pour les filières locales.
- Tarifs attractifs et aides au transbordement : les entreprises attendent des mesures concrètes et durables, bien au-delà des effets d’annonce.
Un autre sujet s’impose avec force : la formation. Les actions de formation à la logistique ferroviaire, souvent jugées trop rares, ralentissent la montée en compétence des équipes logistiques. Cette carence nourrit la difficulté des opérateurs logistiques à convaincre les clients de la flexibilité réelle du service combiné. De nombreux chargeurs saluent des efforts récents, mais soulignent encore le manque de réactivité et le fossé persistant entre les promesses et la réalité quotidienne du trafic fret.
Pour que le transport ferroviaire gagne en attractivité, il devra d’abord prouver sa capacité à délivrer un service fiable, compétitif, et accompagné d’un véritable soutien aux filières. Sans ce virage, le report modal risque de rester un vœu pieux.
Quels facteurs influencent aujourd’hui la perception des chargeurs ?
La perception des chargeurs du fret ferroviaire en France se transforme, portée par des tendances parfois opposées. Le rôle de SNCF Réseau dans la gestion des sillons reste source de tension : la disponibilité et la régularité des créneaux déterminent la capacité des entreprises à organiser leurs flux et ajuster leur logistique. La montée en puissance d’une gouvernance régionale du fret, incarnée par les OFP régionaux, suscite de l’espoir, mais la lenteur des changements sur le terrain ralentit l’amélioration concrète pour les utilisateurs.
Les offres groupées séduisent sur le papier, mais leur rareté interroge. Chargeurs et opérateurs partagent le constat : sans solutions clé en main et avec des barrières commerciales encore bien présentes, la baisse des coûts de transaction reste difficile à atteindre. La simplification de la réservation des sillons est une revendication insistante, tant la complexité des démarches freine l’agilité des industriels.
La qualité de service concentre toutes les attentions. Ponctualité, gestion des incidents, accès à des interlocuteurs dédiés : la confiance se construit sur des résultats tangibles. Plusieurs chargeurs issus de la métallurgie ou de l’agroalimentaire reconnaissent certains progrès, mais attendent toujours une stabilité réelle, ainsi qu’une écoute mieux organisée. L’avenir du fret ferroviaire passera par la capacité à accélérer la transformation, à lever les obstacles historiques et à rendre l’offre enfin lisible et fiable.
Comparaisons, évolutions récentes et perspectives pour le secteur
La concurrence entre le transport ferroviaire et la route structure toujours la logistique française. Malgré la volonté affichée par les pouvoirs publics, le report modal reste marginal face à la souplesse du camion. Les volumes du trafic ferroviaire stagnent, alors même que les annonces de plan de relance fret ferroviaire se succèdent.
Désormais, le secteur s’attèle à la réhabilitation des axes locaux et à la remise en état des lignes capillaires, pour reconnecter des territoires longtemps laissés de côté. Les terminaux intermodaux entament leur mutation, soutenus par des mesures ciblées et une ambition renouvelée de massification du fret ferroviaire. La modernisation de la signalisation amorce une transition technique, mais la lenteur de son déploiement jette le doute sur la capacité à tenir les échéances de 2025.
Plusieurs leviers structurent aujourd’hui les perspectives du secteur :
- Soutien aux terminaux intermodaux : indispensable pour renforcer la compétitivité des flux à l’export.
- Reconnexion des ports : enjeu fondamental pour l’agroalimentaire et l’industrie.
- Réduction des émissions de CO2 : argument décisif pour attirer les chargeurs et répondre aux attentes européennes.
Ce qui se profile désormais pour l’avenir du fret ferroviaire, c’est la nécessité d’investissements massifs, évalués à plusieurs milliards d’euros, pour répondre au besoin total d’investissement relevé par les professionnels. Les créations d’emplois locaux et le regain de compétitivité des filières exportatrices se joueront sur la capacité collective à dépasser les blocages historiques. Si le secteur réussit ce pari, le développement du transport ferroviaire pourrait enfin quitter les discours pour devenir une réalité partagée. Le rail français avance, lentement parfois, mais il avance, et le paysage logistique de demain en portera, ou non, la marque.


